Restauration et aménagement de l’ancien chœur des religieuses de la Visitation

1 rue Gambetta, 72000 le mans

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Programme

Restauration et aménagement du chœur des religieuses classé monument historique : dépose des aménagements modernes, préservation et restauration à l’identique des ouvrages anciens (même matériaux, mêmes couleurs, mêmes caractéristiques, même aspect, …), aménagement en salle polyvalente de façon indépendante et réversible.

Conservation des dispositions anciennes, interventions limitées au strict nécessaire : suppression des peintures modernes et des mortiers hydrauliques, restauration des enduits et des joints au mortier de chaux aérienne à l’identique (même couleur, même nature, même grain, …), greffes ponctuelles de pierre en recherche à l’identique, nettoyage des voûtes, restauration des culots sculptés à l’identique en pierre, doublage des fenêtres par un châssis métallique, débouchement de portes, conservation du sol en terre battue, pose de parquet en chêne cloué sur lambourdes, pose de panneaux de particules perforés acoustiques partiellement en partie basse des murs, intégration de tous les réseaux en surface du sol, portique coulissant métallique autonome supportant tout le matériel technique

Concepteurs

  • Alain Barbier architecte du Patrimoine
  • Autre Territoire architecte d'intérieur
  • Philippe Rousseau architecte

Commune

  • le mans

Maître(s) d'ouvrage(s)

  • Le Mans Jazz
  • SCI Visitation 2015

Thèmes

  • Aménagement
  • Patrimoine

Année de réalisation

2019

Surface(s)

Surface de plancher : 305 m2

Coûts

2019Restauration : 40 000 € HTAménagements et lots techniques :310 000 € HTTotal HT : 350 000 € HT

Documents

L’ancien chœur des religieuses du couvent de la Visitation au Mans, construit au début du XVIIIe siècle sous la direction de sœur Anne-Victoire Pillon, avait été malmené à travers le temps, le couvent ayant servi successivement de magasin à grains, caserne, hôpital, manufacture de tissage, maison d’arrêt, cette salle ayant elle-même été aménagée en tribunal criminel au XIXe siècle.

Son usage multiple l’avait probablement sauvée de la disparition, mais elle se cachait encore sous les rajouts de sa dernière occupation.

L’envie de l’association Le Mans Jazz d’y accueillir du public et d’y produire des concerts, était l’occasion idéale, dans le cadre de son aménagement, de se pencher sur son passé et de se rapprocher de ses origines. Mais la difficulté était double : accolée au chœur de l’église de la Visitation, cette salle est classée monument historique, et il fallait y intégrer toutes les contraintes techniques de service, de confort et d’usage pour de telles activités (Établissement Recevant du Public, chauffage, éclairage, gaines diverses, accessibilité, sécurité incendie, acoustique interne et extérieure,…) sans déroger aux normes.

Comme par analogie, sur le plan humain, la maîtrise d’ouvrage était également double : la SCI Visitation 2015 pour la restauration de l’édifice ancien et les aménagements principaux et Le Mans Jazz pour l’aménagement de la salle.

De même, pour la maîtrise d’œuvre, afin de mener à bien la dualité de l’opération, l’architecte mandaté, Philippe Rousseau, assisté d’Autre Territoire, architecte d’intérieur, s’associa avec un architecte du Patrimoine, Alain Barbier.

Tous ces intervenants travaillèrent donc de concert, en bonne entente, dans l’objectif d’un ouvrage commun final parfaitement adapté à son projet culturel, tout en étant respectueux de l’histoire et des dispositions anciennes de ce haut-lieu de l’architecture mancelle.

La dépose des aménagements superficiels modernes subsistants et datant principalement des XIXe et XXe siècles (mobilier, estrades, carrelage, peintures industrielles, ciment,…), mit au jour les dispositions de l’ancien chœur des religieuses : vestiges des enduits d’origine au mortier de chaux aérienne, badigeons au lait de chaux sur les assises en pierre de taille, tracé d’anciennes portes partiellement bouchées, bandeau intermédiaire horizontal ocre orangé, appui disparu des baies en pierre, stéréotomie soignée bichromique des voûtes par alternance de tuffeau et de pierre de Bernay (Sarthe).

Malgré un usage contemporain, la sensibilité de la maîtrise d’ouvrage permit la préservation des dispositions d’origine et une restauration à l’identique (même matériaux, mêmes couleurs, mêmes caractéristiques, même aspect, …), les aménagements pour la salle de concert étant limités et installés de façon indépendante et réversible pour conserver au maximum les ouvrages anciens et l’authenticité de l’édifice.

Le volume exact et intégral de l’ancien chœur a ainsi pu être respecté et utilisé comme salle de concert. Afin de préserver l’intégrité des murs anciens, les petits locaux nécessaires (vestiaires, office, stockage, locaux des machines techniques dont soufflage de l’air chaud aux bouches sphériques) ont été installés dans la partie occidentale issue de la transformation de la sacristie et de sa tribune au début du XIXe siècle, la voûte en lattis de châtaignier de cette partie étant entièrement conservée.

Après des sondages pour vérifier l’éventuelle présence de décors, les murs en maçonnerie de moellons ont été dégagés des peintures modernes et des enduits hydrauliques, et leurs enduits restaurés en mortier de chaux aérienne lissé identique à celui des enduits anciens.

Sur le bandeau intermédiaire, les vestiges d’enduit d’origine ocre orangé ont été conservés et intégrés dans l’enduit restauré.

Les baies et leur fenêtre ont été conservées en l’état, mais, afin d’en améliorer les performances acoustiques vis-à-vis de l’extérieur, un châssis vitré métallique au profilé le plus fin possible a été rajouté côté salle, dans la feuillure de la clôture ancienne, calquant son tracé sur celui de l’ancienne. En partie basse, les chéneaux modernes ont été supprimés et les assises d’appui en glacis ont été restaurées en pierres de taille selon les pentes données par celles latérales d’origine encore en place, sur lesquelles la continuité du bandeau intermédiaire ocre orangé a également été retrouvée et conservée.

La peinture des fenêtres a reproduit précisément la couleur exacte de celle d’origine qui avait été observée sur les menuiseries anciennes extérieures de l’église.

Les passages et portes du mur nord ont été conservés pour servir d’accès au futur foyer de la salle de concert, avec rétablissement de l’arc en pierres clavées de celle situées côté est, selon le calepin de l’appareil clairement lisible. A côté, une ancienne porte murée découverte a été préservée.

Les autres portes anciennes murées par une maçonnerie de moellons ont été débouchées, mettant au jour leur arrière-voussure de Marseille, confirmant la grande qualité de la mise en œuvre stéréotomique de l’édifice.

Le sol en terre battue a été conservé à son niveau ancien, sans modification, le revêtement de sol de la salle étant constitué d’un parquet en chêne cloué sur lambourdes, avec passage des réseaux dans une faible tranchée dessous, sans atteinte aux assises des voûtes du niveau inférieur.

Les voûtes hautes ont été délicatement nettoyées de l’épaisse peinture moderne, avec application d’un léger badigeon de chaux d’harmonisation, leur restauration étant limitée au strict nécessaire (rejointoiement en recherche au mortier de chaux aérienne, greffes ponctuelles de pierre dégradée), comme pour les encadrements des baies en pierres de taille.

En clé de voûte, les oculi alternativement ronds et octogonaux en pierres de taille moulurées ont servi de bouche d’extraction de l’air chaud pour la ventilation double flux.

La planche en sapin filant entre les culots sculptés en retombée d’arcs de voûte a été ôtée, ainsi que les deux culots modernes en sapin, remplacés par une sculpture prenant modèle sur les culots d’origine existants, en pierre de même nature.

A l’abri derrière la clôture, les religieuses suivaient les offices de l’église à travers une grande grille en fer qui séparait celle-ci de leur chœur. Indépendamment de son coût, son rétablissement ne pouvait se faire pour d’évidentes raisons de transmission des sons entre l’église et la salle. Lors des travaux, le bouchement de la grande baie s’est révélé construit en deux murs verticaux de maçonnerie de moellons non harpée, non solidaires, posés l’un contre l’autre ; celui du côté de la salle fut déposé pour dégager les ébrasements de la grande baie vers l’église. Une très belle surprise apparut sur ceux-ci avec la découverte de peintures décoratives en panneaux de faux-marbre du XVIIIe siècle. Sur l’enduit frais au mortier de chaux aérienne rétabli sur la maçonnerie de bouchement subsistante, un tracé illusionniste de fausse grille rappelant celle disparue fut gravé, fournissant ainsi un fonds graphique à la future scène musicale, encadré des peintures anciennes.

Pour ne pas porter atteinte aux ouvrages anciens, tout le matériel technique, d’éclairage et de son a été installé sur un portique coulissant métallique autonome et amovible, simplement posé sur le parquet, sans fixation sur les parois.

Pour améliorer l’acoustique de la salle, des panneaux de particules verticaux ont été placés en partie inférieure des murs nord et sud, et sur la nouvelle cloison à l’ouest, fixés ponctuellement dans le mur.

Côté foyer, les maçonneries de moellons et les pierres de taille de la façade et des contreforts ont été restaurées selon les mêmes principes que dans l’ancien chœur : suppression des peintures modernes et des mortiers hydrauliques, conservation des dispositions anciennes, intervention limitée au strict nécessaire, restauration des enduits et des joints au mortier de chaux aérienne à l’identique (même couleur, même nature, même grain, …), greffes ponctuelles de pierre en recherche à l’identique.

La grande qualité et la finesse de ces prestations n’ont pu être obtenues qu’avec des entreprises sensibles parfaitement à l’écoute de la maîtrise d’œuvre pour être au service de l’édifice et, en accord avec celle-ci, la bonne adaptabilité des maîtres d’ouvrage à un monument historique et leur saine réactivité à l’évolution des aménagements pour respecter les dispositions anciennes au fur et à mesure de leurs découvertes.

Par son respect de l’histoire, sa préservation des dispositions anciennes, la conservation d’ouvrages existants, la restauration d’éléments disparus retrouvés lors de déposes soigneuses et attentives, l’emploi de matériaux naturels et locaux (pierre de taille calcaire, mortier de chaux aérienne, pigments naturels), l’adaptation et la réalisation d’un aménagement contemporain intégré et non intrusif de salle de concert dans un monument historique, cette opération met en valeur une démarche environnementale novatrice, respectueuse de l’histoire et du patrimoine local tout en évoquant un usage contemporain s’enracinant dans le passé pour proposer une culture artistique et créative au cœur de la ville du Mans.


Approche environnementale : Par son respect de l’histoire, sa préservation des dispositions anciennes, la conservation d’ouvrages existants, la restauration d’éléments disparus retrouvés lors de déposes soigneuses et attentives, l’emploi de matériaux naturels et locaux (pierre de taille calcaire, mortier de chaux aérienne, pigments naturels), l’adaptation et la réalisation d’un aménagement contemporain intégré et non intrusif de salle de concert dans un monument historique, cette opération met en valeur une démarche environnementale novatrice, respectueuse de l’histoire et du patrimoine local tout en évoquant un usage contemporain s’enracinant dans le passé pour proposer une culture artistique et créative au cœur de la ville du Mans.

Financement :
SCI Visitation 2015 : 70 %
Le Mans Jazz : 30 %

Bureau(x) d’études : FL Ingénierie, Bellec, Blin
Photographe : Alain Barbier